Jeudi 9 juillet 2009
4
09
/07
/Juil
/2009
14:00

Une crise financière qui provoque la pire crise économique depuis la Grande Dépression, des déficits publics au plus hauts depuis 60 ans : tout devrait pousser à l’instauration d’une
taxe Tobin. Pourtant, les projets qui sont évoqués restent beaucoup trop limités.
Quand les médias en parlent
Il ne pourrait pas y avoir meilleur moment pour instaurer une taxe Tobin. Elle consiste en une taxation de toutes les transactions financières, un peu comme la TVA pour les achats de
produits et services. C’est ATTAC qui s’en est fait un des plus ardents défenseurs, proposant d’en utiliser le produit pour l’aide au développement. Sur Marianne 2, Bernard
Maris, d’Alternatives Economiques, évoque un taux de 0,005%, qui pourrait rapporter 30 à 60 milliards de dollars à l’échelle de la planète.
Le Figaro évoque une réunion européenne où Bernard Kouchner et Alain Joyandet ont également évoqué une taxe de 0,005%, dont le but serait également de financer l’aide
au développement. Mais le quotidien souligne que cette idée n’est pas sérieusement à l’ordre du jour à Bercy et montre qu’il y a encore du chemin à parcourir pour la pousser. Il faut noter que
dans les deux cas, son montant et ses objectifs restent finalement très limités.
Les arguments pour une taxe Tobin
Pourtant, cette taxe aurait un double intérêt : réduire la spéculation et combler une partie des déficits publics sans peser sur le porte-monnaie des ménages. En effet, en
renchérissant le coût de chaque transaction financière, le comportement spéculatif des banques sera largement réduit. Et cette baisse des transactions financières est exactement ce dont le monde
a besoin. Car c’est bien la taille trop importante de la sphère financière qui explique en partie la crise.
Le fait que les transactions financières représentent cinquante fois la valeur des transactions marchandes explique malheureusement une part des déséquilibres économiques. Souvenons-nous
que l’effondrement boursier de 1987 n’avait quasiment pas eu de conséquences sur l’économie réelle… Il y a donc urgence à réduire le volume des transactions financières dans le monde pour réduire
leur pouvoir de nuisance et renverser le rapport de force entre économie financière et économie productive.
En outre, comme le souligne très justement le prix Nobel d’économie Joseph Stiglitz, cela permettrait de faire contribuer le monde de la finance à la collectivité. Et cela apparaît d’autant
plus nécessaire que les banques jouent gagnantes à tous les coups. En période de croissance, elles conservent tous leurs profits et en période de crise, les Etats collectivisent leurs pertes,
comme même The Economist le reconnaît. Et cette contribution pourrait radicalement changer les perspectives financières des Etats.
Pour une vraie taxe Tobin
Le projet avancé par Bernard Maris et les ministres du gouvernement restent extrêmement limités : à peine 0,005% du montant des transactions et uniquement pour financer l’aide au
développement. Pourtant, vu qu’un tel pourcentage pourrait rapporter 30 à 60 milliards de dollars par an, un pourcentage 20 fois plus élevés, 0,1%, permettrait de rapporter quelques centaines de
milliards de dollars par an, sans doute de quoi combler une grande partie des déficits publics…
Le moment ne pourrait pas être mieux choisi pour instaurer une telle taxe, qui limiterait à la fois le pouvoir de nuisance de la sphère financière, qui perdrait une partie de sa puissance,
tout en contribuant enfin davantage à une économie réelle qu’elle a trop contribué à déstabiliser par ses excès irrationnels (bulle Internet puis bulle de l’immobilier Américain).
Malheureusement, les rares projets évoqués ne sont pas suffisamment radicaux pour avoir la puissance transformative que pourrait avoir un tel projet.
Il est clair qu’une telle taxe ne pourra pas être mise en place par un pays seul, mais à l’échelle continentale (et donc européenne), surtout si nous pouvons nous allier avec d’autres pays
comme la Chine, l’Inde, le Brésil ou la Russie qui pourraient être intéressés par cette révolution financière.